APRF, pour Aggregate Performance Reporting, est une proposition IETF qui pourrait ajouter une pièce importante au pilotage de la délivrabilité : des rapports agrégés sur le placement réel des messages et certains signaux d’engagement, directement produits par un fournisseur de messagerie qui choisit de l’implémenter. Pour une PME, une équipe CRM ou IT, cela pourrait rendre les diagnostics moins dépendants des seules estimations.
Réponse directe
APRF ne remplace pas DMARC : il le complète. DMARC répond à « qui envoie avec mon domaine et est-ce authentifié et aligné ? ». APRF pourrait répondre à une autre question : « où les messages signés arrivent-ils réellement, et quels signaux agrégés produisent-ils chez ce fournisseur ? ».
La prudence reste essentielle. APRF est une proposition, pas un standard universel déjà déployé. Comcast est cité comme actif en bêta ; la participation de Google parmi les co-auteurs est encourageante, sans constituer une promesse de disponibilité chez Gmail ou ailleurs.
En bref
- APRF signifie Aggregate Performance Reporting.
- Son objectif est de fournir des rapports agrégés de performance email.
- Son mécanisme DNS rappelle l’esprit de DMARC, avec une adresse
ruapour recevoir les rapports. - Il s’appuie sur le domaine et le sélecteur DKIM, pas sur le domaine visible dans
From. - Les rapports sont prévus au format JSON.
- Les données peuvent inclure
inbox,unwanted, engagement positif et négatif. - Comcast est mentionné comme actif en bêta ; l’adoption reste à suivre.
- Pour Dharmail, ce serait un signal complémentaire très utile à la supervision.
Pourquoi APRF est intéressant pour la délivrabilité
Un test de placement par seedlist reste utile : il aide à comparer rapidement le traitement d’un même email chez plusieurs fournisseurs. Mais il s’appuie sur un petit ensemble de boîtes de test et ne reproduit pas toujours les historiques, volumes et habitudes des destinataires réels.
Les logs SMTP apportent un autre niveau de lecture : acceptation, rejet, temporisation et codes 4xx/5xx. Ils ne disent toutefois pas systématiquement si un message accepté a été classé en boîte de réception ou dans les indésirables. DMARC, lui, est fondamental pour identifier les sources et l’alignement ; il ne mesure pas le placement. Consultez notamment la configuration SPF, DKIM et DMARC et la lecture d’un rapport DMARC XML.
APRF pourrait rapprocher l’expéditeur d’une donnée agrégée observée côté fournisseur : non pas une garantie de délivrabilité, mais un signal de diagnostic plus proche de la réalité opérationnelle.
APRF vs DMARC : deux rôles différents
| Sujet | DMARC | APRF | Impact pour l’expéditeur |
|---|---|---|---|
| Objectif | Gouverner l’identité et l’authentification | Observer la performance agrégée | Séparer la sécurité du diagnostic de placement |
| Base d’identification | Domaine visible From et alignement SPF/DKIM | Domaine d= et sélecteur s= de DKIM | Une signature DKIM fiable devient encore plus importante |
| Enregistrement DNS | _dmarc.example.com | [selector]._aprf._domainkey.example.com | Documenter précisément domaines et sélecteurs |
| Type de rapport | Authentification, alignement, sources | Placement et engagement agrégés possibles | Croiser les deux sources |
| Format | XML pour l’agrégé | JSON | Prévoir un collecteur et un parseur adaptés |
| Données fournies | SPF, DKIM, DMARC, IP, volumes | inbox, unwanted, signaux positifs/négatifs | Orienter les priorités de correction |
| Usage principal | Protection anti-usurpation et inventaire | Deliverability monitoring | Aucun des deux ne remplace l’autre |
Pour comprendre les évolutions récentes de l’écosystème, lisez aussi DMARCbis et les RFC 9989, 9990 et 9991.
Comment fonctionne APRF côté DNS
APRF repose sur une signature DKIM présente dans l’email. Le fournisseur lit le domaine de signature d= et le sélecteur s=, puis recherche un enregistrement TXT à l’emplacement suivant :
selector._aprf._domainkey.example.com. TXT "v=APRFv1; rua=mailto:aprf-reports@example.com;"
Lorsque plusieurs sélecteurs doivent être couverts, la proposition permet également une variante avec astérisque :
*._aprf._domainkey.example.com. TXT "v=APRFv1; rua=mailto:aprf-reports@example.com;"
rua indique l’adresse qui recevrait les rapports agrégés. La configuration exacte devra être validée contre la version finale de la spécification et les exigences du fournisseur qui l’implémente : n’ajoutez pas d’enregistrement APRF en production sur la seule base de cet exemple.
Le projet prévoit aussi un tag optionnel SDI (Signer-Defined Identifiers). Il permettrait de demander une segmentation sur un identifiant interne contrôlé par l’expéditeur, tel qu’un Campaign ID ou un Brand ID. C’est prometteur pour distinguer des flux, mais cela implique une gouvernance stricte des en-têtes, des ESP et de la confidentialité.
Que contient un rapport APRF ?
Les rapports APRF sont prévus en JSON, un format directement exploitable par un outil de supervision. Voici un exemple volontairement simplifié :
[
{
"header": {
"version": 1,
"source": "Mailbox Provider",
"dkim_domain": "example.com",
"dkim_selector": "selector",
"report_start": 1783900800,
"report_end": 1783987199
},
"body": [{
"classification": { "inbox": 7800, "unwanted": 1400 },
"engagement": { "positive": 620, "negative": 85 }
}]
}
]
source: le fournisseur de messagerie qui produit le rapport.dkim_domain: le domaine de signature DKIM concerné.dkim_selector: le sélecteur DKIM utilisé.classification: les compteurs de classement agrégés.inbox: messages classés en boîte de réception.unwanted: messages classés comme indésirables / spam.engagement: compteurs de signaux agrégés, selon l’implémentation.positive/negative: signaux favorables ou défavorables ; ils ne décrivent jamais une personne donnée.
Les compteurs doivent être lus avec le volume, le type de message, la cadence et l’historique. Une campagne marketing, un mot de passe réinitialisé et un email humain n’ont ni le même objectif ni les mêmes attentes de placement.
Pourquoi APRF peut compléter Google Postmaster Tools
Google Postmaster Tools fournit déjà des signaux précieux pour Gmail quand les volumes sont suffisants : réputation, plaintes, authentification et données de livraison. APRF pourrait, si l’adoption progresse, apporter un modèle plus standardisé et interopérable entre les fournisseurs participants.
Dans un outil comme Dharmail, l’enjeu n’est pas d’afficher une métrique de plus. C’est de relier les signaux : rapports DMARC XML, données Postmaster, erreurs SMTP, réputation IP/domaine, tests de placement, plaintes et sous-domaines d’envoi. Une baisse de inbox peut alors être mise en regard d’un changement de sélecteur DKIM, d’une hausse de bounces ou d’une campagne trop large.
Ce que cela changerait dans un audit Dharmail
Pour Dharmail, APRF serait une donnée précieuse lorsque les fournisseurs l’émettront :
- détecter un flux techniquement accepté mais trop souvent classé en indésirables ;
- comparer les résultats de plusieurs sous-domaines ou sélecteurs DKIM ;
- suivre l’effet d’une modification d’authentification, de politique DMARC ou de routage ;
- mesurer les signaux après un nettoyage de base ;
- isoler l’impact d’une campagne marketing ;
- prioriser une correction DNS, réputation, contenu, ciblage ou hygiène de base.
Ce rapprochement évite les conclusions hâtives. Un problème de placement peut venir de l’authentification, mais aussi de la réputation, de la qualité de la base, du rythme d’envoi, du contenu ou des plaintes. Les codes et causes des erreurs SMTP et l’analyse du spam ou de Promotions Gmail restent donc des lectures complémentaires.
Limites et prudence
APRF dépendra de l’adoption réelle des fournisseurs de messagerie. Les données seront agrégées, et c’est une limite volontaire : APRF ne fournit pas de données personnelles nominatives, ni le parcours individuel d’un destinataire. Le placement ne remplace pas non plus l’analyse technique ou métier.
Avant toute exploitation, il faudra définir la conservation, les accès, la confidentialité et la conformité RGPD. Si SDI est utilisé, les identifiants internes et les en-têtes injectés par l’ESP ou le routeur devront également être maîtrisés. APRF peut améliorer la visibilité ; il ne garantit pas la boîte de réception.
Checklist de préparation pour les entreprises
- DKIM activé et vérifié sur tous les flux.
- Sélecteurs DKIM documentés, y compris ceux de chaque ESP.
- Sous-domaines d’envoi séparés entre marketing, transactionnel et humain lorsque pertinent.
- Alignement DMARC maîtrisé et rapports XML analysés.
- Adresses de reporting dédiées, surveillées et sécurisées.
- Outil capable de stocker et lire des rapports JSON APRF.
- Corrélation prévue avec DMARC XML et Google Postmaster Tools.
- Suivi par type de flux, campagne et sous-domaine.
- Gouvernance RGPD et durée de conservation définies.
FAQ
Qu’est-ce que APRF ?
APRF signifie Aggregate Performance Reporting. C’est une proposition de spécification qui permettrait à un fournisseur de messagerie de transmettre aux expéditeurs des rapports agrégés sur le placement et certains signaux d’engagement de leurs emails.
APRF remplace-t-il DMARC ?
Non. DMARC vérifie l’authentification et l’alignement du domaine visible ; APRF vise la performance agrégée des messages signés chez un fournisseur participant.
APRF est-il déjà disponible partout ?
Non. APRF est en cours d’adoption. Comcast est cité comme actif en bêta, mais il ne faut pas présumer d’une disponibilité chez tous les fournisseurs.
Quelle est la différence entre APRF et les rapports DMARC ?
DMARC produit principalement des rapports XML sur l’authentification et l’alignement. APRF est prévu en JSON et pourrait fournir des compteurs agrégés de placement et d’engagement.
Pourquoi APRF utilise-t-il DKIM ?
Le domaine d= et le sélecteur s= de DKIM donnent une base technique précise pour découvrir l’enregistrement APRF et distinguer les flux signés.
Que signifie classification inbox/unwanted ?
Ce sont des compteurs agrégés de messages classés respectivement en boîte de réception et dans les indésirables. Ils doivent être contextualisés avec les volumes et le type de flux.
APRF permet-il de savoir précisément quel destinataire a cliqué ou signalé un spam ?
Non. APRF vise des données agrégées. Il ne donne pas accès à un comportement individuel ni à des données personnelles nominatives.
Comment une entreprise peut-elle se préparer ?
En fiabilisant DKIM, en documentant ses sélecteurs et sous-domaines, en analysant DMARC et en préparant un reporting centralisé avec une gouvernance des données.
Conclusion
APRF pourrait devenir une brique majeure de la supervision délivrabilité : il rapprocherait les expéditeurs d’une information longtemps difficile à obtenir, le placement réel et l’engagement agrégé côté fournisseur. Le bon réflexe est de préparer dès maintenant une base saine : DKIM fiable, sous-domaines maîtrisés, DMARC analysé et reporting centralisé.
Pour préparer votre domaine aux nouveaux standards de reporting, analyser vos flux SPF/DKIM/DMARC ou mettre en place une supervision complète de votre délivrabilité, contactez Dharmail pour un audit concret et un plan d’action opérationnel.